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Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale

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INSEE ANALYSE : Se chauffer en Île-de-France : la petite taille des logements atténue le coût d’une performance énergétique médiocre

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[20 décembre 2018]

Deux résidences franciliennes sur trois sont énergivores (étiquette « E ») ou très énergivores (étiquettes « F » ou« G »)

Le parc des logements franciliens présente les plus mauvaises performances énergétiques de France. S’agissant du Diagnostic de performance énergétique (DPE), plus d’une résidence principale francilienne sur trois est considérée comme « très énergivore » (étiquette « F » ou « G »), contre une sur quatre à l’échelle nationale (figure 1).

À l’image d’un parc vieillissant (trois logements franciliens sur dix ont été construits avant 1945), ces quelque 1,7 million de logements très énergivores sont principalement des logements anciens n’ayant pas fait l’objet de rénovation énergétique (Étiquettes de performance énergétique des logements). En y ajoutant les logements étiquetés « E », près de deux logements sur trois affichent de mauvaises performances énergétiques. Les logements dont l’étiquette est « C » ou « D » sont aux normes de la réglementation thermique française de 2005 mais insuffisantes au regard des objectifs de la LTECV. Ils représentent 35 % des logements franciliens. Quant aux logements les plus performants, satisfaisant au label « Bâtiment basse consommation (BBC) », leurs consommations les classent « A » ou « B ». Il s’agit de logements récemment construits. Seuls 2 % des logements franciliens sont dans cette catégorie et leur niveau de performance énergétique est conforme aux objectifs 2050 de la LTECV.

En la matière, de grandes disparités spatiales s’observent entre les différentes intercommunalités de l’Île-de-France (figure 2).

Si la part des logements en catégorie « E » diffère peu d’un territoire à l’autre, les logements très énergivores sont en revanche surreprésentés aux franges de la région et à Paris. De fait, alors que la capitale représente 20 % des logements dans la région, elle concentre 29 % des logements très énergivores. Quant aux logements « C » ou « D », ils apparaissent surreprésentés dans l’unité urbaine, exception faite de Paris.

Un parc de logements ancien

En Île-de-France, une résidence principale sur cinq date de plus d’un siècle. Cette proportion s’élève à un logement sur deux à Paris.

Les territoires où la part des logements très énergivores est la plus élevée sont empreints de constructions anciennes : la moitié de leurs logements date d’avant 1946 et la part des logements construits après 1990 n’est que de 16 %, contre 25 % dans l’ensemble de la région.

Par ailleurs, près de trois logements franciliens sur quatre sont des appartements (habitat collectif). En lien avec le type d’habitat, les deux principaux modes de chauffage des Franciliens sont le gaz de ville, à 44 %, et l’électricité à 31 %. À Paris, la quasi-totalité des logements sont collectifs et l’électricité est la première source d’énergie utilisée : 39 % contre 36 % pour le gaz de ville.

En s’éloignant de la capitale (à l’exception des villes moyennes structurant les départements de grande couronne), la proportion de logements collectifs décroît. Au sein de la métropole du Grand Paris (MGP), le collectif représente 88 % de l’habitat contre 51 % en grande couronne. Le chauffage urbain est aussi très présent sur le territoire de la métropole où il équipe 17 % des logements (19 % à Paris), alors qu’il ne concerne en moyenne qu’un logement sur dix sur le reste du territoire francilien. La part du fioul est significative dans les territoires très énergivores (« F » et « G ») hors Paris, avec 13 % des logements contre 8 % pour la région entière.

Hormis la capitale, les zones très énergivores sont celles qui abritent de grands logements : 26 % des habitations de ces zones dépassent 100 m², alors que ce pourcentage est de 19 % pour l’Île-de-France hors Paris.

De fortes disparités de facture de chauffage entre intercommunalités

Alors que le parc francilien présente les plus mauvaises performances énergétiques, le montant annuel moyen de la dépense de chauffage par logement est l’un des plus faibles de France. Estimé à 1 270 € (Pour comprendre), ce coût moyen est inférieur de 200 € à la moyenne nationale. La densité urbaine et la taille des logements expliquent pour beaucoup cette différence.

À l’échelon des intercommunalités, la dépense moyenne annuelle varie du simple au double : 1 053 € pour l’EPT Boucle Nord de Seine, qui dispose de constructions récentes, contre 2 043 € pour la communauté de communes de Gally-Mauldre dans les Yvelines, caractérisée par de grandes maisons anciennes (figure 3).

Bien que vivant dans des logements anciens, les habitants de la MGP s’acquittent de la facture la plus faible de la région, en raison notamment de la forte concentration d’appartements de petite taille. Au-delà des qualités intrinsèques à l’habitat (isolation thermique, étage, qualité et performance du système de chauffage), la position résidentielle vis-à-vis de l’îlot de chaleur urbain (ICU) de l’agglomération parisienne est un autre facteur explicatif. En effet, les factures de chauffage sont moins onéreuses dans le centre de l’agglomération par rapport à celles des ménages situés dans les espaces périphériques avec des températures plus fraîches en hiver.

Ainsi, les habitants de grande couronne règlent la plus forte facture, les facteurs tirant la dépense à la hausse étant un habitat individuel dispersé, de plus grandes surfaces, des modes de chauffage au fioul ou à l’électricité et l’ancienneté du logement.

Face à l’augmentation des coûts énergétiques depuis 2008, de plus en plus de ménages sont contraints de réduire leur confort thermique. Certains dispositifs visant à réduire la facture énergétique des ménages aux revenus les plus faibles se mettent en place progressivement, comme le « Chèque énergie » lancé en 2018 (Le Chèque énergie).

Près des deux tiers des ménages vulnérables sont sous le seuil de pauvreté

La vulnérabilité énergétique frappe surtout les ménages aux faibles revenus. En Île-de-France, 358 000 ménages sont concernés, soit 7,5 % des ménages franciliens. C’est deux fois moins qu’au niveau national. Si la part de ménages franciliens éprouvant des difficultés à s’acquitter de leurs factures de chauffage est plus faible, c’est aussi parce que leurs revenus disponibles sont, en moyenne, plus élevés. C’est, là encore, très variable en fonction des territoires. Au sein de l’Île-de-France, la part des ménages vulnérables varie de 5,3 % dans les Hauts-de-Seine à près du double en Seine-et-Marne (9,9 %) et en Seine-Saint-Denis (9,3 %). Si la part des ménages vulnérables est relativement faible dans la MGP, celle-ci concentre néanmoins la grande majorité de ces ménages à l’échelle régionale (figure 4).

Les personnes seules sont deux fois plus représentées parmi les ménages vulnérables que parmi l’ensemble des ménages. Les familles monoparentales y sont 1,5 fois plus représentées.

Les moins de 30 ans et les 60 ans ou plus sont également surreprésentés. Les 75 ans ou plus sont particulièrement concernés, étant 3,4 fois plus représentés parmi les ménages vulnérables que parmi l’ensemble des ménages. La grande superficie de leur logement peut être un facteur qui se cumule à de faibles ressources : 38 % des 75 ans ou plus vivent dans plus de 80 m2, contre 7 % des moins de 30 ans.

Les ménages vulnérables sont logiquement surreprésentés dans les logements « très énergivores ». La part de ménages touchés par la vulnérabilité énergétique en Île-de-France varie de 5,3 % dans les logements aux étiquettes « A » et « B » (4 300 ménages concernés) à 8,5 % dans les logements aux étiquettes « F » et « G » (141 000 ménages concernés). Cinq profils de territoires peuvent être distingués, suivant le type de ménages et le type d’habitat (Ménages vulnérables : cinq groupes de territoires).

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